Matière à réfléchir

Il y a quelques semaines déjà (le 8 septembre exactement), je titrais sur ce blog : «Les gouvernements européens ont décidé de faire payer les salariés ». Dans mon dernier billet, je poursuivais l’analyse que j’avais engagée notamment dans la Tribune que j’avais publiée le 26 mai 2010 sur Marianne.fr
Tout ce que je disais se confirme. Après la Grèce, c’est au tour de l’Irlande d’être soumise au régime de la rigueur. Les Portugais ont compris que leur tour arrive, comme les Espagnols. En France, la politique mise en œuvre par le Gouvernement est du même ordre même si elle cherche à dissimuler son objectif final : faire payer aux salariés, aux classes moyennes en général, les conséquences de la crise financière et économique dont nous sommes loin d’être sortis contrairement aux affirmations mensongères du Président Sarkozy et du Premier ministre Fillon.
Essayons de comprendre ce qui se passe dans la continuité de ce que j’expliquais précédemment.

Dans l’Union Européenne, la BCE défend le principe d’un euro fort, qui est d’ailleurs quasi inscrit dans ses statuts. En même temps elle admet que les Etats-Unis laissent filer le dollar par le recours à la planche à billet, tout en feignant de croire que le dollar fort est possible avec un surendettement de l’Etat américain représentant plusieurs fois la production réelle du pays. Mais elle affirme le contraire quand il s’agit de l’économie d’un Etat comme la Grèce dont la dette représente pourtant seulement 1% du PIB européen !
En effet, le programme de rachat de titres de dette publique de pays européens, commencé en juin, est resté marginal. 63,5 milliards de titres de dette publique détenus fin octobre 2010, soit à peine 3 % des actifs détenus par la BCE (à comparer à la politique de la FED que j’évoquais dans mon précédent billet). Cela est sans effet pour donner un peu d’air aux économies européennes.
La BCE continue donc au niveau européen de faire de la surenchère dans l’austérité. C’est elle qui pousse pour la mise en place de mécanismes de contrôle et de sanction automatique des politiques budgétaires des Etats. C’est elle qui refuse tout rééchelonnement des dettes publiques permettant de desserrer la contrainte de court terme qui étouffe certains Etats. Au demeurant, le président de la BCE, M. Jean-Claude Trichet, a aussi fait jeudi 4 novembre deux aveux troublants et inquiétants sur la persistance, voire l’aggravation, des facteurs qui ont conduit à la crise financière de 2008 : « Que des établissements financiers soient, mettez les guillemets, accros, aux fonds de la BCE ne correspond pas à une situation normale. Nous réfléchissons en permanence aux moyen de régler ce problème de manière progressive. » Et d’ajouter qu’il y a toujours des inquiétudes persistantes au sujet d’un éventuel retour des tensions sur les marchés financiers ».
La guerre des monnaies a donc été engagée par les Etats-Unis, mais rendue possible par l’obsession de la BCE. La Chine, quant à elle, pilote le taux de change du yuan dans l’intérêt de son économie. Avec cette différence notable par rapport aux Etats-Unis que c’est elle qui éponge déjà l’essentiel de la dette américaine. Sans la Chine les USA s’effondreraient. Je rappelle que la Chine détient à elle seule plus de 2 000 milliards de titres de dette publique étasunienne, soit le quart de celle-ci.
L’autre conséquence de l’emballement de la création monétaire américaine est l’envahissement des économies émergentes par des masses de liquidités dont les banques ne veulent rien faire d’autres que des outils de spéculation pour faire rapidement des profits de court terme. Pour en maîtriser les risques, les économies émergentes remontent donc leurs taux. Elles renforcent les dispositifs de contrôle de l’entrée des capitaux. Le Brésil vient ainsi de relever à 6 % la taxe appliquée à tout achat depuis l’étranger de titre de dette brésilienne. C’est une manière de se prémunir contre la volatilité de ces liquidités et aussi une forme de défiance face au dollar. Et un bon exemple des armes dont disposent les Etats pour frapper au portefeuille les banques et autres établissements qui spéculent sur les dettes publiques.
Ainsi, à la situation de surendettement des économies occidentales – qui ont fait reposer leur croissance depuis 35 ans sur l’endettement généralisé – vient s’ajouter une situation monétaire invraisemblable, résultat de l’application de dogmes économiques ultra libéraux voulus par les gouvernements libéraux –et parfois sociaux démocrates- européens. Tout cela nous conduit vers une catastrophe. C’est pourquoi dans ma Tribune à Marianne.fr je parlais de la nécessité d’ «un nouveau Bretton Woods » c’est-à-dire d’un nouveau système monétaire international. Et puisque Dominique Strauss Kahn est le président en exercice du FMI, et puisqu’il est possible qu’il aspire à être candidat à la présidence de notre République, il me semble qu’il y a là matière à réfléchir, pour lui comme pour nous.

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