ETRE SOCIALISTE, C’EST TENTER DE DEPASSER LE CAPITALISME

24 novembre 2014 par bertrand-mertz

La situation extrêmement difficile dans laquelle semble se trouver aujourd’hui l’Exécutif et le Parti socialiste ne peut pas être analysée à partir des seules circonstances du moment, que celles-ci soient d’ordre économique et politique, ou qu’elles soient liées à la personnalité des uns et des autres ainsi qu’aux turbulences de leur vie privée.

Ce que paient aujourd’hui le PS et ses représentants au sommet de l’État, c’est leur incapacité, depuis 30 ans, de penser l’économie et la société. Car c’est bien cette non-pensée du courant socialiste qui explique ses difficultés actuelles, conséquence du refus obstiné d’analyser les évolutions intervenues dans l’économie à partir du tournant des années 1980 (abandon du système issu des accords de Bretton-Woods, globalisation capitaliste, libéralisation des marchés et domination de la finance), mais aussi les transformations de la société (affaiblissement du sentiment d’appartenance à une classe sociale, domination du modèle consumériste et emprise généralisée du spectacle sur les consciences).

En mai 2010, au moment où les socialistes se lançaient dans une série de conventions dont l’objet était précisément de les doter d’un projet pour 2012, j’avais publié dans Le Monde.fr une tribune intitulée « Dépasser le capitalisme », dans laquelle j’analysais le premier de cette série de textes.

Il s’agissait d’un document élaboré sous l’autorité intellectuelle de Pierre Moscovici, et dont le thème essentiel était « le nouveau modèle économique, social et écologique ». Ce texte partait d’un constat inquiétant, mais qui avait le mérite de la lucidité, sans laquelle il ne saurait y avoir d’analyse efficace : « Le Capital l’a massivement emporté sur le Travail ».

Forts de ce constat, les auteurs du texte auraient pu développer une analyse des causes qui avaient conduit à cet état de fait et, partant de là, proposer des moyens à mettre en œuvre pour retourner la situation, puisque c’est précisément la « raison d’être » des socialistes que de défendre les salariés en général, et les plus modestes d’entre eux en particulier.

Tel n’était pas le cas dans le document produit. En effet, je faisais le constat suivant : « À la lecture de ce document, on sent bien que les auteurs restent prisonniers de cette pensée qui s’est imposée au PS dans les années 1980, qui est le produit d’une conception technocratique de la politique et qui consiste à proposer aux Français, avant chaque grande échéance électorale, un programme qui se présente comme un catalogue de mesures à réaliser une fois arrivé au pouvoir. Ainsi, par exemple, le texte promet une action spécifique de soutien aux PME et TPE, la relance d’une politique industrielle, une coopération européenne en matière énergétique, une transformation raisonnée et biologique de notre agriculture, etc. »

Et j’ajoutais : « La démarche engagée ressemble en effet à celles qui avaient fait suite aux défaites de 1986, 1993 et 2002 ; elle confond la tactique et la stratégie. La tactique se fonde sur des décisions à court terme et la stratégie, elle, doit dire quelles sont les orientations majeures et les objectifs fondamentaux. Or, le texte ne distingue pas les unes des autres puisqu’il évite, une fois encore, de dire quel type d’économie et quel type de société les socialistes veulent bâtir. En effet, inviter les Français à conduire avec les socialistes une “offensive de civilisation” ne suffit pas à définir quelle civilisation ils veulent construire avec eux. »

Voilà une première cause fondamentale de la déroute contemporaine.
En ne distinguant pas la tactique de la stratégie, c’est-à-dire en ne distinguant pas les objectifs essentiels à long terme des moyens engagés dans l’immédiat pour atteindre des buts intermédiaires, les socialistes au pouvoir ont rendu leur action complètement illisible.
Si l’on considère que l’adaptation de la France aux conditions de la concurrence capitaliste globalisée est une étape nécessaire pour atteindre ultérieurement un objectif qui soit plus en rapport avec ce que devrait être une politique socialiste, alors il faut l’expliquer clairement.

Mais, en 2010, je poursuivais mon analyse du texte de Pierre Moscovici par une seconde constatation, celle de « l’absence d’analyse en termes de rapport de forces sociales ».

J’annonçais que le texte s’inscrivait « dans la droite ligne de tous les textes socialistes depuis trente ans qui ont, semble-t-il, oublié que pour affronter le Capital il faut pouvoir s’appuyer sur une force sociale relativement homogène et structurée ».

Conscient de la difficulté, j’indiquais que je n’ignorais pas que, « bien entendu, il est facile d’objecter que l’affaiblissement et la dissolution de la classe ouvrière ne permettent plus ce genre d’analyse commode. Ce à quoi l’on répondra que même à l’époque où la classe ouvrière était forte, la situation ne s’est jamais présentée d’une façon abstraite. À côté du Prolétariat et de la Bourgeoisie existaient déjà la Paysannerie, la petite Bourgeoisie et divers groupes oscillant sur la frontière entre Prolétariat et Bourgeoisie. Et c’était justement le rôle de la tactique que de déterminer et de combler les interstices entre vision théorique de la société (l’affrontement entre deux tendances) et la société réelle. C’est sur la détermination de ces interstices qu’un accord politique peut et doit être réalisé afin d’arriver à une unité tactique de toutes les forces sociales et politiques visant à vaincre ou, tout au moins, à contraindre fortement le Capital ».

Cette absence de distinction entre stratégie et tactique, et cette ignorance de toute approche en termes de rapport de force entre classes sociales, me conduisaient à énoncer cette triste prédiction : « Dès lors, [ce texte] se présente comme l’habituel catalogue des bonnes intentions et promesses d’avant l’élection, que la réalité d’après obligera à mettre entre parenthèses au bout de quelques mois, au mieux, d’exercice du pouvoir. »

C’est dire combien je suis désolé, aujourd’hui, d’avoir à faire cet autre constat : le modeste militant que je suis voyait juste – comme tant d’autres – quand les hauts dirigeants du parti s’égaraient et nous égaraient une fois de plus.

Cette confusion des esprits était présente dans la campagne de François Hollande, notamment au moment du discours du Bourget et de sa fameuse diatribe sur « son adversaire la finance ».

Elle se poursuit d’ailleurs actuellement quand, par exemple, les commentateurs analysent le tournant politique entamé par le président de la République depuis le début de l’année comme incarnant le triomphe de la ligne social-démocrate au sein du PS. Ignorent-ils donc vraiment qu’il y a belle lurette que le PS s’est converti à la social-démocratie, même s’il n’a jamais fait son Bad Godesberg ?

En réalité, le tournant en question prend acte, au contraire, de l’inefficacité, désormais, des recettes social-démocrates habituelles. En 2010 déjà, je faisais la constatation qu’« entre les classes moyennes et les catégories sociales en difficulté, un abîme s’est creusé qui est précisément le résultat de l’inaptitude de la social-démocratie à trouver, non pas un compromis comme les socialistes ont trop souvent semblé le proposer, mais un moyen de dépasser la contradiction interne à toute société de classes. L’alliance des productifs, rêvée un temps par la gauche française comme une sorte de compromis historique entre des catégories sociales hétérogènes qui ne se connaissent plus, n’a pas eu lieu. Aucun compromis n’est plus tenable. Les tensions inhérentes à la gestion libérale mondialisée de l’économie ne le permettent plus ».

Nous y sommes ! Aucun compromis n’est plus tenable. Le président de la République en fait l’amère expérience, lui qui doit trancher alors que sa culture politique et son tempérament le pousseraient naturellement vers la recherche de compromis. Le compromis est essentiel à toute vie en société ; il est l’un des moyens pour parvenir à la paix civile, à défaut de paix sociale. Mais, arrivé au point de tension auquel est parvenue la société française, qui n’est pas la seule dans cette situation mais au sein de laquelle cette tension est ressentie d’une façon plus vive qu’ailleurs, il n’y a plus le choix : il faut affronter la contradiction et la dépasser.

C’est le contrat social lui-même qui est en cause. Comment continuer à vivre ensemble, comment « faire société » quand les tensions deviennent si fortes ?

Ce n’est pas seulement d’une nouvelle République (la VIe) qu’il est question ici, c’est d’un nouveau contrat social qui réinventera notre façon de vivre ensemble, c’est-à-dire nos façons de travailler, de produire, de consommer, de vivre.

La crise crée des conditions qui empêchent de voir les solutions à la crise. Il ne peut plus y avoir de raccommodage du système ; il est vermoulu. La tentation du FN est en fait la manifestation d’une pulsion suicidaire de la société, parce que celle-ci ne voit pas de solutions à ses problèmes.
La domination du capitalisme à l’échelle planétaire ne durera pas parce que ni les hommes ni la Terre ne pourront y maintenir très longtemps les conditions indispensables à la survie et à la civilisation. Notre rôle, à nous socialistes, n’est pas de rafistoler un système à bout de souffle, c’est d’inventer à temps celui qui lui succédera.

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles », disait Sénèque.

Les Français sont depuis toujours un peuple qui a osé. Et qui a oublié qu’il a osé. Mais cela est en lui. Il n’attend qu’un signal pour oser à nouveau.

Alors, osons !

Bertrand Mertz

Bonne année 2014

1 janvier 2014 par bertrand-mertz

Une nouvelle année est toujours l’occasion de se souhaiter le meilleur même si nous savons bien que la nouvelle année, comme l’année passée, sera faite de bon et de moins bon, de joies et de peines… Mais il est une chose qui ne dépend que de nous, c’est d’y mettre le meilleur de nous-même en étant attentif aux autres, en faisant de notre mieux, en étant constructif, en positivant ! Alors bonne année 2014 à chacune et chacun d’entre-vous.

Article du Républicain Lorrain du 05/10/2013

5 octobre 2013 par bertrand-mertz

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Quel avenir pour le couple franco-allemand après la réélection de Mme Merkel ?

24 septembre 2013 par bertrand-mertz

La réélection de Mme Merkel suscite des réactions d’enthousiasme chez certains commentateurs qui ont la mémoire courte ou une culture politique trop faible pour vraiment comprendre ce qui se joue dans cette élection.

Dans un entretien au Financial Times, le 15 mars 2010, Christine Lagarde, alors ministre de l’économie et des finances de Nicolas Sarkozy, appelait l’Allemagne à développer sa demande intérieure, estimant que son excédent commercial menaçait la compétitivité d’autres pays de la zone euro
La ministre française estimait que l’excédent commercial de l’Allemagne pourrait être insupportable pour ses voisins de la zone euro. « Ceux avec des excédents pourraient-ils faire un petit quelque chose ? Chacun doit y mettre du sien », disait-elle alors.
C’est bien l’intransigeance allemande que dénonçait alors la ministre UMP avec raison. Car cette médecine de cheval que l’Allemagne inflige à l’Europe entière est un remède pire que le mal.
Compte-tenu des majorités au pouvoir dans la plupart des pays de l’UE, il faut faire notre deuil pour le moment d’une démarche ambitieuse en matière de fédéralisme (le projet avorté de VGE témoignait déjà de la mort de cette vision qui avait un sens avec 6 pays mais était impraticable au-delà de ce chiffre), mais aussi d’une politique sociale (on serait plutôt dans la course au moins disant social) ou encore d’une politique étrangère commune.
Seule reste donc une possibilité d’Europe à géométrie variable avec une coopération renforcée par thème entre pays volontaires. La politique de transition énergétique, de transports, de développement des biotechnologies, le numérique, l’univers de la santé sont autant de domaines où des synergies sont possibles.
Au moment du Traité de Lisbonne, on parlait d’économie de la connaissance, c’est une idée à reprendre. Sur l’énergie, les Allemands mais aussi les Danois, Suédois, Hollandais et Autrichiens sont très favorables aux énergies propres ; pourquoi ne pas développer des coopérations plutôt que de leur tourner le dos en raison de notre tropisme nucléaire ? Cela n’empêchera pas de maintenir notre filière, si l’on considère que cela fait partie du patrimoine national.
Il faudrait également relancer les discussions dans le but de mettre fin à la concurrence désastreuse que nous nous livrons en matière fiscale (c’est un point de convergence avec l’Allemagne) et de stopper la politique du moins disant social (sous forme d’un revenu minimum, qui pourrait être déterminé selon un critère de parité de pouvoir d’achat).
Ces deux sujets, auxquels pourraient s’ajouter des projets d’investissement communs dans les domaines cités précédemment, peuvent faire le lien entre un discours présidentiel sur notre ambition européenne et sa déclinaison réaliste et concrète pour les citoyens.
Telles pourraient être les grandes lignes d’une nouvelles coopération avec nos amis allemands. Plus utile que les grandes déclarations d’amour faciles mais sans effet !

Thionville 2008/2013

28 août 2013 par bertrand-mertz

Voici, présenté dans un document synthétique, comment depuis 5 ans mon équipe et moi-même avons développé de nombreux projets pour tous les Thionvillois ; le tout, sans aucune augmentation d’impôts. Je vous invite à le découvrir en ligne si vous ne l’avez pas encore reçu dans votre boîte aux lettres.
BILAN THIONVILLE 2008/2013

Vel’ d’Hiv’: ce qu’il faut dire à notre jeunesse

16 juillet 2013 par bertrand-mertz

Voici le discours que j’ai prononcé, à Thionville, pour les commémorations du 71e anniversaire de la Rafle du Vel’ d’Hiv

> Le 16 juillet 1942, l’autorité française de l’époque (dite « gouvernement de Vichy »), sur injonction de l’occupant nazi, a commis l’impensable.
Ce jour-là, dans la ville encore endormie, des centaines d’hommes portant l’uniforme français investissent de paisibles demeures de citoyens innocents de tout délit et de tout crime. Ils s’emparent d’eux pour les conduire dans un sinistre lieu de rassemblement : le Vélodrome d’hiver.
De là, ils seront convoyés, dans de lugubres convois de wagons à bestiaux numérotés, vers d’abominables usines de mise à mort d’êtres humains.
Peu d’entre eux en reviendront et aucun des 4051 enfants raflés ne survivra. Ce crime dépasse l’entendement humain !
Et pourtant, cela s’est passé au XXème siècle, dans le pays des Droits de l’Homme.
Mais, ce n’était pas alors la France que nous connaissons et que nous aimons. C’était une autre France. Le crime du 16 juillet 1942 n’a été possible qu’après l’arrivée au pouvoir, à la faveur de la défaite, de forces réactionnaires latentes dans la société et que le peuple français avait pu, jusque là, contenir.
Avec le soutien de l’occupant nazi, les hommes de la collaboration pouvaient enfin assouvir leur haine de tous ceux qui ne leur ressemblaient pas. Ceux-là n’étaient pas compatibles et n’avaient donc pas le droit de vivre. Et toute cette bêtise, toute cette méchanceté parvenue au pouvoir n’épargna pas les enfants.
Les enfants !
En préparant mon propos de ce jour, j’ai été un moment interrompu par mes propres enfants que je croyais afférés aux occupations de leurs âges : 7 et 12 ans.
J’ai pensé alors que derrière ce nombre de 4051 enfants raflés, il y avait, pour chaque chiffre, un jeune être humain sensible et si fragile, un être qui pensait et qui rêvait, un être qui voulait tout simplement vivre sa vie.
Et au lieu de cela, le désespoir et la mort.
A la pensée de ces pauvres enfants, j’ai senti un inhabituel trouble monter en moi. Je voudrais maintenant vous faire partager ce que j’étais en train de lire au moment d’être interrompu par Antoine et Raphaël.
Il s’agit du témoignage de Georges WELLERS tel qu’il a été publié par le Centre de Documentation Juive Contemporaine à Paris en 1946.
Je cite ce texte parce qu’il faut que la génération présente sache comment cela s’est passé.
Le voici : « Le jour de la déportation, les enfants étaient réveillés à 5 h du matin, et on les habillait dans la demie obscurité. Il faisait souvent frais à 5 h du matin, mais presque tous les enfants descendaient dans la cour, très légèrement vêtus.
Réveillés brusquement dans la nuit, morts de sommeil, les petits commençaient à pleurer et, petit à petit, les autres les imitaient. Ils ne voulaient pas descendre dans la cour, se débattaient, ne se laissaient pas habiller.
Il arrivait parfois que toute une chambrée de 100 enfants, comme pris de panique et d’affolement invincibles, n’écoutaient plus les paroles d’apaisement des grandes personnes incapables de les faire descendre : alors on appelait les gendarmes qui descendaient sur leurs bras les enfants hurlant de terreur.
Dans la cour, ils attendaient leur tour d’être appelé, souvent en répondant mal à l’appel de leur nom. Les aînés tenaient à la main les petits et ne les lâchaient pas.
Dans chaque convoi, il y avait un certain nombre d’enfant qu’on ajoutait pour terminer ; c’était ceux dont les noms étaient inconnus. Ces derniers étaient marqués sur la liste par des points d’interrogation. Cela n’avait pas beaucoup d’importance : il est douteux que la moitié des malheureux bambins ait pu supporter le voyage, et les survivants étaient sans doute détruits à leur arrivée.
Ainsi, il a été déporté de Drancy en deux semaines 4000 enfants sans parent. Cela se passait dans la seconde moitié du mois d’août 1942
».

La rafle du Vel’ d’Hiv n’est qu’un des nombreux actes de la tragédie qui a assombri le XXème siècle.
On dit que l’Histoire ne se répète jamais à l’identique, mais sommes-nous vraiment assurés que dans le monde, les forces qui ont mis en œuvre le crime des crimes, la Shoah, soient définitivement anéanties ?
C’est pour cette raison que la cérémonie de ce jour est indispensable car il nous faut être vigilants.
Nous devons, sans repos, dénoncer ce qui s’est passé, en France, ce 16 juillet 1942.
Et il nous faut aussi rappeler sans cesse ce qui devrait être une évidence : sur cette Terre, nous devons tous être frères et sœurs en humanité !

Préserver l’histoire, préparer l’avenir!

12 juillet 2013 par bertrand-mertz

Commencés dès 2009, les travaux de rénovation du Beffroi de Thionville viennent de s’achever. En 4 ans, ce Monument aura fait l’objet de tous les soins de dizaines d’artisans et c’est par ces mots qu’en ce 12 juillet 2013 j’ai salué la fin de ce chantier. de ces changtiers!
« Bienvenue dans un des symboles les plus emblématiques de notre cité. Bienvenue dans un édifice datant XIVème siècle.
Ce qui nous rassemble aujourd’hui n’est pas simplement une rénovation. Ce qui nous rassemble aujourd’hui est surtout la renaissance d’un lieu déjà chargé d’histoire.
Comme je vous l’ai dit, c’est au XIVème siècle que le Beffroi trouve ses origines. Il symbolise, à cette époque, les libertés communales ratifiées par la Charte de Franchise octroyée en 1239 par Henri, comte de Luxembourg.
La construction, l’édifice était composé d’une tour (le beffroi à proprement parlé), ainsi que d’un bâtiment communal annexe abritant une salle d’audience des échevins et d’un hospice destiné aux déshérités (hospice qui migrera vers un nouvel établissement, rue de l’ancien hôpital).
La hauteur actuelle du beffroi remonte au XVIème siècle, sans doute sous le règne de Charles Quint, les deux portails Renaissance situés rue de l’Ancien Hôtel de Ville ayant certainement été ajoutés à cette période. La plus petite porte donnait accès à la chapelle tandis que l’entrée plus majestueuse permettait de pénétrer dans les salles situées à l’étage.
C’est en 1699 que les travaux entrepris lui donneront son allure actuelle si caractéristique avec sa toiture en ardoise, sa lanterne, son chapeau et son bulbe en oignon.
Au début du XVIIIème siècle, les bâtiments adjacents ont accueilli la mairie ainsi que le baillage royal de Justice et sous l’ancien régime, les trois salles voutées d’ogives à l’intérieur du Beffroi ont servi de prison pour les bourgeois. La mairie restera dans ces lieux jusqu’au début du XIXème siècle, avant de déménager dans l’ancien palais du gouverneur puis, en 1900, à l’ancien couvent des clarisses, actuel bâtiment de la mairie.
Le Beffroi sera sévèrement meurtri par l’artillerie prussienne pendant la guerre de 1870 et notamment l’horloge qui sera transpercée par un projectile de canon lors d’un stupide pari d’artilleurs allemands ayant eu pour objectif de loger au troisième coup de canon un boulet dans le centre même du cadran, marquant ainsi la fin du régime français.
Le bâtiment de la mairie, contigus à la tour à cette époque, ne sera pas non plus épargné. Victor Hugo, de passage en 1871 dans la ville que gouverna son père Léopold en 1814 et 1815, ne pourra admirer le portrait de son géniteur qui trônait dans les lieux, l’édifice ayant été ravagé par le pilonnage des armées de von Kameke.
Restauré durant l’Annexion entre 1870 et 1918, le Beffroi verra en 1918 les troupes françaises faire leur retour à Thionville après 48 années d’Annexion.
En 1939, une plaque commémorant la Charte de Franchise est apposée sur la tour du Beffroi et, le 27 mai 1980, il est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

Mesdames et Messieurs, nous nous situons aujourd’hui dans un lieu important de l’histoire de notre ville. Et ce lieu méritait les rénovations que nous avons entreprises.
Depuis le XIVème siècle, le Beffroi a été modifié et restauré à de nombreuses reprises et les derniers travaux importants dataient de 1975.
Cependant, depuis quelques années, l’édifice se dégradait sérieusement, particulièrement la toiture et la coursive. Après une étude établie, le coupable est démasqué, et il n’est autre que « la grosse Suzanne », cette cloche de plus de 2 tonnes qui, par ses vibrations, ébranlait l’édifice.
Ainsi, des travaux d’urgence sont entrepris en 2008 et 2009 pour écarter les dangers immédiats. Cependant, le Beffroi nécessite une rénovation de grande ampleur : les 2 grandes salles d’apparat (dont celle où nous nous trouvons) sont rénovées en 2011, puis, fin 2012, a débuté la restauration des façades et des couvertures de la tour.
Tous ces mois de travaux pour arriver au résultat que nous pouvons admirer aujourd’hui. Je tiens ici à saluer et à remercier notamment la dizaine d’entreprises qui a œuvré à ce projet de rénovation, mais aussi les commerçants voisins du Beffroi, car j’ai bien conscience de l’effet que l’ampleur de ces travaux a eu sur leurs activités.
Comme j’ai l’habitude de dire : l’action de la municipalité consiste notamment à préparer l’avenir des Thionvillois et de leurs enfants. Cependant, le patrimoine historique et culturel de la Ville doit absolument être préservé et c’est justement ce que notre municipalité a décidé de faire dans ce projet. Je tiens particulièrement à féliciter et remercier les services techniques de la Ville qui ont suivi ce chantier avec efficacité.
Entre la rénovation du théâtre l’année passée, le transfert du cinéma d’arts et d’essais de La Scala au Paris à l’automne, le 3ème Lieu en pleine construction et maintenant la rénovation achevée du Beffroi, voyez comment Thionville préserve son histoire, embellit son centre ville et prépare son avenir !
C’est fort de ce constat encourageant que je vous invite à regarder notre avenir commun avec optimisme.»

Sur Mirabelle TV

3 juillet 2013 par bertrand-mertz

Pour celles et ceux qui veulent me retrouver au côté de Marylène Bergmann dans son émission « De vous à moi », sachez que ce programme peut être revu
– En replay sur le site de Mirabelle TV : http://www.mirabelle.tv/Mirabelle/DeVousaMoi.htm l

Un conseil municipal riche en bonnes nouvelles

28 juin 2013 par bertrand-mertz

Avant de commencer notre dernier Conseil municipal précédent les vacances d’été, je tiens à vous dire quelques mots sur les grands dossiers sur lesquels nous travaillons en ce moment et qui préparent l’avenir de notre ville.
Mais auparavant, je veux revenir sur un événement récent qui est une très bonne nouvelle pour Thionville.
Je veux bien entendu parler du 3ème Lieu qui a reçu un Prix d’excellence dans la catégorie « Innovation dans l’offre culturelle ». Avec Georges Deluy et Thomas Thomshak, notamment, et accompagné de l’architecte Dominique Coulon, nous avons donc été reçus dans les Salons de la Caisse des Dépôts et de Consignation à Paris, le 11 juin dernier, pour recevoir ce trophée.
Ma fierté a été d’autant plus grande quand j’ai constaté que d’autres lauréats primés n’étaient autre que la ville de Lens pour le Louvre Lens et la Ville de Marseille, en tant que capitale européenne de la culture.
Cette distinction, je le rappelle, montre à quel point notre projet culturel est ambitieux mais, surtout, qu’il est maintenant reconnu aux yeux des plus grandes villes de France comme la nouvelle image de marque de notre cité. L’attractivité de Thionville va pouvoir rayonner bien au-delà de notre bassin de vie.
Ce que nous faisons avec le 3EL est absolument essentiel. Je n’ai de cesse de le répéter : la culture est le carburant de la solution qui permettra à notre pays, à la société européenne toute entière, de sortir de la crise dans laquelle elle s’est enfermée et qui est une crise de la rationalité de notre modèle de développement. Et cette solution, c’est l’intelligence. L’intelligence de notre jeunesse d’abord, elle qui devra inventer une société différente de celle que nous connaissons aujourd’hui.
Mais, comme je vous le disais, je veux m’exprimer sur d’autres sujets et d’autres projets qui démontrent le caractère attrayant de notre ville.
Ainsi, les points de ce conseil que nous allons débattre prouvent l’attractivité économique de Thionville.
Je vous annonce donc la future implantation à Thionville d’une grande enseigne de matériaux de bricolage (enseigne qui n’existe pas sur notre territoire) ainsi que d’une enseigne de produits alimentaires. Ce projet – situé sur les Terrains Route de Volkrange – va permettre la création d’environ 250 emplois. Pour cette opération, 21 millions d’euros vont être investis à Thionville.
Le projet commercial « Kiabi Village », dont les travaux vont très prochainement commencer, va quant à lui aboutir à la création de 50 emplois.
Si l’on ajoute à cela les extensions des centres commerciaux LECLERC et GERIC (60 emplois supplémentaires au bas mot pour LECLERC, inauguré début du mois, et 130 emplois pour GERIC que nous inaugurerons à l’automne), la Ville va accueillir environ 500 nouveaux emplois, en même temps que des activités économiques qui apporteront des ressources fiscales supplémentaires.
Mais je veux aussi aborder la question de la situation du commerce en centre-ville. Certains commerces du centre-ville sont dans une situation difficile, tout le monde le sait. Cette situation n’est pas propre à notre ville, mais bien généralisée aux commerces de centre-ville sur l’ensemble du territoire national. Elle se caractérise par des changements d’habitudes de consommation et par la mise en place d’un nouveau modèle économique, qui privilégie la simplicité d’internet ou encore l’offre des grandes surfaces et des Drives plutôt que celle des boutiques. Aujourd’hui, 59 % des Français disent préférer acheter en ligne : en France, internet représentait un chiffre d’affaire de 8,4 milliards d’euros en 2005, 31 milliards d’euros en 2010 et une prévision de 72 milliards pour 2015 (source : fédération du e-commerce et de la vente à distance).
J’ai souvent rappelé qu’un centre-ville ne peut plus attirer uniquement par son offre commerciale. De ce point de vue, le pari du centre commercial des Capucins est un pari qui n’est pas gagné pour le moment, puisqu’il nous avait justement était présenté comme la solution au problème du centre-ville au cœur duquel il devait remplir le rôle de locomotive.
Mais un autre élément explique la situation actuelle :
 L’importante hausse des loyers qui ne laisse pas grande chance aux commerçants indépendants qui souhaitent s’implanter ou même simplement fonctionner. En effet, au cours des dernières années, le prix des loyers n’a pas tenu compte des changements de comportements des consommateurs.
L’exemple le plus flagrant de cette situation du centre-ville est celle du magasin «Plein Ciel ». Cette enseigne qui existe depuis plus de 20 ans à Thionville va fermer ses portes. Elle n’a pas résisté à la montée en puissance d’internet s’agissant de la commercialisation des produits culturels et elle a fini d’être achevée par l’ouverture du Leclerc culture qui dispose d’une offre et d’une gamme de prix plus attractives. J’ai reçu en mairie les représentants et des salariés de cette enseigne de librairie et de papeterie et je me suis engagé à ce que les 26 CV des salariés licenciés soient présentés aux différentes enseignes qui vont venir s’installer route de Volkrange et que j’évoquais tout à l’heure.

Nous travaillons de concert avec les organisations représentant les commerces du centre-ville. L’association pour l’expansion économique et commerciale de Thionville (APECET), le manageur de Ville, sont des interlocuteurs majeurs qui sont régulièrement en contact avec les services de la mairie pour travailler sur la question du commerce thionvillois. L’APECET a d’ailleurs été reçue en mairie hier matin pour évoquer ces questions. Une réelle volonté de travailler ensemble pour faire avancer les choses existe entre nous.
Malgré cette situation, le centre-ville de Thionville est dans une posture plus favorable que celle de bien d’autres villes. Thionville n’est pas en baisse de régime, cependant il faut agir.
Il nous faut réinventer le centre-ville en faisant de l’offre culturelle l’autre moteur de son attractivité. Le théâtre rénové depuis septembre 2012, le cinéma d’art et d’essai La Scala dans les locaux du Paris à l’automne, et le 3EL en 2014 seront des réponses fortes aux inquiétudes actuelles.
Je veux aussi vous dire quelques mots sur notre jeunesse. L’offre de formation dans notre Ville est riche. Du baccalauréat à l’IUT, près de 15 000 élèves ou étudiants préparent leur avenir à Thionville. Pour densifier encore davantage cette offre et l’attractivité de Thionville, j’ai apporté mon soutien à la rectrice de l’académie de Nancy-Metz dans son projet de création d’un campus des métiers et des qualifications à Thionville. Ce projet permettra de favoriser le parcours de formation du secondaire au supérieur et l’accès à la formation continue pour tous.
Toujours en ce qui concerne l’enseignement, je peux vous annoncer deux bonnes nouvelles puisque l’école maternelle « Les Semailles » d’Elange va bénéficier d’un poste supplémentaire à la rentrée prochaine et que le poste qui devait être retiré à l’école élémentaire de Guentrange sera finalement maintenu.
Nous avons fait beaucoup de choses, depuis 2008, pour les écoles, notamment la rénovation des bâtiments. Et je suis satisfait de savoir que la rentrée 2013 se présente déjà bien !

Mesdames et Messieurs, malgré la situation économique difficile de notre région et de notre pays, Thionville reste une ville dynamique et attractive, qui prépare son avenir et celui de ses enfants. Cette préoccupation doit être permanente chez nous tous par-delà nos divergences d’appréciation. Nos débats doivent être utiles à l’intérêt de notre ville et de ses habitants et c’est à ces débats que je vous invite maintenant.

73e anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940

18 juin 2013 par bertrand-mertz

Voilà le discours que je viens de tenir, ce 18 juin 2013, au cimetière Saint-François de Thionville:

Le 18 juin 1940, la voix solitaire du Général de Gaulle traversait la mer pour atteindre les rives de la France. Par des canaux divers et multiples, cet appel à la Résistance allait rapidement se propager dans tout le pays.
Il sera entendu par tous ces soldats, ces ouvriers, ces paysans, ces intellectuels… qui comprirent très vite que le destin de leur patrie reposait entre leurs mains. Tous ces hommes et ces femmes, célèbres ou obscures, de tout âge, de toute condition, allaient former ce que nous appelons aujourd’hui avec fierté : la Résistance.
Sans cette voix énergique, sans ce cri de confiance presque folle en la capacité de résistance du peuple français, celui-ci n’aurait peut-être jamais pensé qu’il serait capable de faire ces grande choses qu’il allait pourtant accomplir : la libération de la Patrie et la restauration de son honneur.
Cette grande voix, c’était celle de la France éternelle, qui répondait en écho à la voix d’une France de circonstance, d’un vieux maréchal se déclarant prêt à une capitulation honteuse. Et nous devons aussi à l’action et à la volonté de l’homme du 18 juin l’union, à priori improbable, en un Conseil National de la Résistance des différents mouvements qui luttaient alors, séparément, contre l’envahisseur de la patrie.
Le 8 mai 1945, Charles de Gaulle pourra dire, sur les ondes d’une radio française cette fois-ci : « La guerre est gagnée ! C’est la victoire ! C’est la victoire des nations unies et c’est la victoire de la France. Honneur à notre peuple que des épreuves terribles n’ont pu réduire, ni fléchir. Vive la France!».